Le récent échec du projet franco-allemand de Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) a mis en lumière les difficultés persistantes entre la France et l’Allemagne pour s’accorder sur des projets industriels majeurs. Aujourd’hui, cette question se pose avec une acuité particulière dans un autre secteur stratégique et fondamental pour l’avenir du continent européen : l’énergie. Si l’Europe veut renforcer son autonomie et assurer la transition énergétique, l’entente entre les deux premières économies de l’Union semble indispensable, mais d’importants désaccords persistent.\n\nLes déboires du SCAF illustrent la complexité des coopérations industrielles entre Paris et Berlin. Initié en 2017, le programme devait doter les forces armées de la prochaine génération d’avions de combat, incarnant la souveraineté technologique européenne. Cependant, des divergences de vues sur la propriété intellectuelle, la répartition du leadership industriel et les spécifications techniques ont fini par gripper la mécanique. Le dossier, considéré comme emblématique d’une ambition politique commune, s’est enlisée, révélant la difficulté à conjuguer intérêts nationaux et vision partagée.\n\nUn constat similaire s’impose au sujet de l’énergie. Depuis plusieurs années, la France et l’Allemagne empruntent en effet des voies divergentes en matière de politique énergétique. L’Hexagone mise sur le nucléaire, représentant 70 % de sa production électrique, qu’elle considère comme un pilier de décarbonation et de souveraineté. Outre-Rhin, le choix a été fait, dans le cadre de « l’Energiewende », d’une sortie accélérée du nucléaire au profit des renouvelables, essentiellement l’éolien et le solaire, même si la dépendance au charbon et au gaz reste forte.\n\nLa crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine aurait pu rapprocher les deux partenaires, en soulignant la fragilité des dépendances extérieures et la nécessité d’une stratégie commune de sécurisation des approvisionnements. Or, les divergences demeurent vives, notamment sur le rôle du nucléaire. La France défend son inclusion dans la taxonomie européenne des investissements verts, tandis que l’Allemagne s’y oppose, privilégiant les énergies renouvelables. Cette ligne de fracture a récemment ressurgi lors des débats sur le marché européen de l’électricité et l’architecture du mix énergétique du continent.\n\nPourtant, certains signes encourageants laissent entrevoir la possibilité d’une nouvelle dynamique de coopération. Face à l’ampleur des défis – décarbonation, compétitivité, indépendance stratégique – et sous la pression des partenaires européens qui appellent à l’unité, Paris et Berlin multiplient les consultations bilatérales et tentent de trouver un terrain d’entente. Un groupe de travail franco-allemand a ainsi été mis en place pour définir des positions communes sur la réforme du marché de l’électricité et le développement de l’hydrogène vert, nouvelle frontière industrielle de la transition énergétique.\n\nLes prochains mois seront décisifs pour savoir si la France et l’Allemagne sauront dépasser leurs désaccords initiés dans l’aéronautique pour s’accorder sur une vision partagée de l’énergie, capable de renforcer la position européenne sur la scène internationale. Au-delà des intérêts nationaux, c’est le poids politique et industriel de l’Union européenne tout entière qui se trouve en jeu dans cette négociation cruciale.
