Face à la crise énergétique qui secoue le Vieux Continent, la Hongrie fait le pari du nucléaire sous l’impulsion de son Premier ministre Viktor Orban. Ce choix de Budapest, assumé et stratégique, suscite autant l’attention que l’inquiétude sur la scène européenne. Car derrière l’exigence d’indépendance affichée par le gouvernement hongrois, c’est un nouvel axe d’influence qui se dessine, au risque de renforcer les tensions au sein de l’Union européenne.
Depuis plusieurs années, Viktor Orban a fait du développement de l’industrie nucléaire un pilier de la politique énergétique hongroise. Confronté à la volatilité des marchés internationaux du gaz et à la multiplication des tensions géopolitiques, le dirigeant nationaliste a relancé le projet controversé d’extension de la centrale de Paks, située à une centaine de kilomètres au sud de Budapest. Ce chantier, confié au géant russe Rosatom, bénéficie d’un financement massif venu de Moscou, actant ainsi une dépendance technique et financière qui crispe de nombreux partenaires européens.
Pour Viktor Orban, le nucléaire n’est pas qu’un choix industriel ou économique : il entend ainsi garantir la souveraineté énergétique du pays, affaiblie par la réduction des livraisons de gaz russe dans le reste de l’Europe. « La Hongrie ne cédera pas à la pression extérieure et défendra son droit à choisir ses propres sources d’énergie », n’a cessé de marteler le Premier ministre, qui revendique une politique énergétique pragmatique. Les défenseurs de cette ligne rappellent que le nucléaire constitue une énergie décarbonée et stable, capable d’assurer une production électrique à un coût compétitif.
La démarche de Budapest passe cependant mal à Bruxelles. L’Union européenne, soucieuse de réduire sa dépendance à l’égard de la Russie après l’invasion de l’Ukraine, regarde d’un mauvais œil le renforcement des liens énergétiques entre la Hongrie et Moscou. Bruxelles craint que ce choix vienne fragiliser la solidarité européenne et nuise à l’autonomie stratégique collective. Certains partenaires, comme l’Allemagne ou l’Autriche, se montrent particulièrement critiques à l’égard de l’initiative hongroise, considérant qu’elle va à l’encontre des efforts pour diversifier les approvisionnements et réduire la place du nucléaire dans le mix énergétique européen.
La Hongrie, pour sa part, assume son isolement grandissant. Viktor Orban ne manque pas une occasion de dénoncer » l’hypocrisie » de ses partenaires européens, tout en soulignant que d’autres États membres – à commencer par la France – continuent de miser sur l’atome pour garantir leur sécurité énergétique. Mais l’orientation pro-russe de la politique nucléaire hongroise reste une pomme de discorde, alors que la coopération énergétique est devenue un enjeu essentiel de la stabilité continentale.
Au-delà des seules questions énergétiques, le choix du nucléaire traduit aussi une volonté d’émancipation politique vis-à-vis des contraintes bruxelloises. Viktor Orban ne cache pas son ambition de peser davantage sur le cours de l’Union européenne et d’influer sur les choix stratégiques des Vingt-Sept. L’extension de la centrale de Paks illustre donc la tentation d’une voie alternative, fondée sur la souveraineté nationale et des alliances non traditionnelles.
Alors que les défis énergétiques s’accumulent, le pari nucléaire de la Hongrie apparaît comme un signal fort envoyé à une Europe en quête de cohésion. Il risque toutefois de provoquer un nouvel éclatement des solidarités, au moment où l’Union européenne cherche à bâtir une politique énergétique vraiment commune et indépendante.
