Le géant français du ciment Lafarge, filiale du groupe suisse Holcim, a officiellement annoncé son intention de faire appel de la condamnation prononcée à son encontre pour financement du terrorisme. Cette décision intervient quelques jours après le jugement rendu par le tribunal correctionnel de Paris, qui a sanctionné Lafarge pour avoir indirectement financé des groupes armés, dont l’organisation État islamique, en Syrie entre 2012 et 2014.

Dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu en Syrie, Lafarge avait maintenu l’activité de son importante cimenterie située près de Jalabiya, au nord du pays. Pour ce faire, la filiale locale du groupe aurait versé plusieurs millions d’euros à des factions armées, notamment à Daech, afin de garantir la sécurité de son site et de son personnel, ainsi que la poursuite de sa production. L’enquête menée par les autorités françaises, appuyée par de nombreux témoignages et documents internes, avait mis au jour ces transferts d’argent, lesquels ont constitué le cœur de l’accusation.

Le tribunal a jugé que le groupe s’était rendu coupable d’avoir, « sciemment, directement ou indirectement, apporté un soutien financier à une entreprise terroriste », un acte réprimé par le Code pénal français. Les magistrats ont considéré que la volonté de poursuivre l’exploitation dans une zone en guerre ne pouvait justifier le recours à de telles pratiques, même si elles étaient présentées comme un moyen de protéger des salariés. La décision s’inscrit par ailleurs dans un contexte international de lutte contre le financement du terrorisme, les autorités françaises rappelant régulièrement que les entreprises doivent faire preuve de la plus haute diligence lorsqu’elles opèrent dans des zones à risques.

Lafarge, qui après les faits a fusionné avec Holcim, continue pour sa part de nier avoir agi en connaissance de cause. Dans un communiqué, le groupe affirme avoir été confronté à des « circonstances exceptionnelles et tragiques » sur le terrain syrien, soutenant que les paiements effectués visaient uniquement à préserver la sécurité des employés et la bonne marche de l’entreprise. L’avocat du groupe a insisté sur l’absence d’intention terroriste et sur l’importance, selon lui, de replacer les faits dans le contexte de l’époque, marqué par le chaos de la guerre civile syrienne.

Pour autant, la décision du tribunal a été saluée par bon nombre d’organisations non gouvernementales, qui voient dans cette condamnation un signal fort adressé aux multinationales présentes sur des théâtres de conflits. Les ONG rappellent que la responsabilité des entreprises ne saurait être occultée lorsque leurs activités, même indirectement, contribuent au financement d’organisations terroristes.

Lafarge n’en est pas à sa première déconvenue judiciaire dans cette affaire, qui occupe la justice française depuis plusieurs années. Outre la condamnation pour financement du terrorisme, le groupe a déjà été mis en cause pour complicité de crimes contre l’humanité, chef d’inculpation dont il a jusqu’à présent réussi à se prémunir devant les juges, non sans controverses.

L’appel devrait permettre de rejuger l’affaire dans les prochains mois. Pendant ce temps, le débat reste ouvert sur la responsabilité sociale, éthique et juridique des grandes entreprises opérant dans des zones instables. Le cas Lafarge pourrait, à l’avenir, faire jurisprudence et inciter les groupes internationaux à redoubler de vigilance sur la provenance et la destination de leurs fonds lorsqu’ils opèrent dans des contextes à haut risque.

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