TotalEnergies a adressé un avertissement sans détour à l’exécutif français concernant la taxation éventuelle des « super-profits » générés par les compagnies pétrolières. Le PDG du groupe, Patrick Pouyanné, a déclaré que l’entreprise ne serait plus en mesure de maintenir le plafonnement des prix à la pompe si une telle taxe venait à être instaurée. Cette déclaration s’inscrit alors que le débat autour de la taxation exceptionnelle des entreprises du secteur de l’énergie se fait de plus en plus pressant en France et en Europe, dans le sillage de l’envolée des prix du pétrole et du gaz depuis le début de la crise énergétique.
Le plafonnement mis en place par TotalEnergies avait pour objectif de protéger le pouvoir d’achat des Français face à l’augmentation du coût de l’essence. En 2023, le groupe avait pris l’initiative de limiter le prix du litre d’essence et de diesel à 1,99 euro dans l’ensemble de ses stations-service, un engagement salué par le gouvernement et les associations de consommateurs. Cet engagement, essentiellement volontaire, s’ajoute à une politique de remises pratiquée en 2022 pour amortir l’impact de la flambée des cours sur les automobilistes.
Mais selon Patrick Pouyanné, l’introduction d’une taxe exceptionnelle sur les bénéfices tirés des hydrocarbures viendrait bouleverser cet équilibre. « S’ils instaurent une taxe sur nos profits, TotalEnergies ne sera plus en capacité de maintenir le plafonnement des prix à la pompe, » a-t-il prévenu, soulignant que les marges de manœuvre financière du groupe s’en trouveraient sensiblement réduites. Aux yeux du dirigeant, cette mesure risquerait d’obliger TotalEnergies à répercuter les hausses de coûts sur les consommateurs, ce qui irait à l’encontre de l’effort consenti jusqu’alors pour atténuer l’impact de la crise sur les ménages.
La question de la taxation des super-profits, relancée sous la pression de certains acteurs politiques et associatifs, divise la classe politique française. Certains élus défendent l’idée d’un prélèvement exceptionnel sur les bénéfices records réalisés par des secteurs profitant de la crise énergétique, estimant que cet argent pourrait financer des aides ciblées pour les Français touchés de plein fouet par l’inflation. D’autres, à l’instar de Patrick Pouyanné, mettent en garde contre le risque de pénaliser l’investissement dans la filière énergie et d’ajouter une pression supplémentaire sur les prix pour les consommateurs.
Face à cette perspective, Patrick Pouyanné cherche à rappeler le rôle joué par TotalEnergies dans l’effort national de modération des prix du carburant. Il estime que la contribution de l’entreprise à la stabilité des prix en France va au-delà du simple calcul économique. Cette intervention se veut aussi un plaidoyer pour la prévisibilité fiscale, à ses yeux essentielle pour permettre aux entreprises d’investir et de s’engager sur la durée.
À l’heure où le gouvernement examine ses options pour aider les Français à faire face à la hausse du coût de la vie, le signal envoyé par TotalEnergies met en lumière l’équilibre précaire entre soutien au pouvoir d’achat et taxation des grandes entreprises. Les arbitrages à venir risquent de s’avérer cruciaux, alors que s’intensifie la pression pour une redistribution des profits réalisés durant cette période de tension sur l’énergie.
