La tension monte à l’égard du secteur énergétique français et en particulier de son principal acteur, TotalEnergies. Dans une déclaration fracassante faite ce lundi, Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie – Les Verts (EELV), a pris pour cible Patrick Pouyanné, PDG du groupe, l’accusant d’être un « profiteur de crise » et de pratiquer un « odieux chantage » ainsi qu’une « concurrence déloyale ».
Ces propos acerbes interviennent dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, sur fond de guerre en Ukraine et de remous sur les marchés internationaux. Pour la responsable écologiste, les méthodes de TotalEnergies sont emblématiques d’un système économique qu’elle juge à bout de souffle. « M. Pouyanné se présente en chevalier blanc lorsqu’il consent à plafonner le prix des carburants ou à annoncer des ristournes, mais il faut s’interroger sur la réalité de ces gestes, leur efficacité à long terme et surtout sur la stratégie globale du groupe », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse tenue à Paris.
Marine Tondelier ne se contente pas de questionner la sincérité de ces annonces : elle soupçonne un calcul économique sous-jacent, orchestré au détriment des consommateurs. « Derrière chaque mesure présentée comme un “cadeau”, il y a une récupération d’image et, souvent, des conditions qui permettent à TotalEnergies de garder un avantage compétitif sur ses concurrents plus petits et sur les indépendants », argue la responsable politique.
Ce reproche, elle l’illustre en évoquant les difficultés rencontrées par les stations-services indépendantes pour aligner leurs prix sur ceux proposés par le géant énergétique à la suite des nouvelles offres promotionnelles. Selon elle, « ce sont des dizaines de stations locales qui risquent de mettre la clé sous la porte, étranglées par les marges serrées qu’impose la concurrence avec TotalEnergies ».
Le PDG de TotalEnergies n’est pas uniquement critiqué sur ses stratégies tarifaires. Les écologistes lui reprochent également une forme de « chantage » vis-à-vis de l’État et des pouvoirs publics. Marine Tondelier fait notamment référence aux déclarations passées de Patrick Pouyanné, mettant en garde contre un retrait des investissements en France ou des menaces voilées de délocalisation si certaines décisions politiques, jugées défavorables au secteur, venaient à être prises. Pour l’élue écologiste, de tels discours ne constituent rien d’autre qu’une tentative de pression sur le gouvernement et les institutions républicaines.
Dans ce contexte, le parti écologiste plaide pour une régulation plus stricte des multinationales de l’énergie. « Ce sont des champions nationaux qui tirent aujourd’hui profit d’un contexte mondial tendu, mais qui ne rendent pas assez à la collectivité », estime Marine Tondelier. Elle réclame également un débat sur la taxation des « superprofits » et sur la redéfinition du modèle énergétique français, dans une perspective de justice sociale et écologique.
Du côté de TotalEnergies, le groupe rappelle régulièrement sa contribution à l’économie française et la création d’emplois, tout en vantant ses investissements dans la transition énergétique. Mais pour de nombreux observateurs, la polémique lancée par EELV éclaire la défiance persistante d’une partie de la classe politique à l’égard des grands groupes énergétiques, accusés de faire primer leurs intérêts sur ceux de la société.
En pleine période d’incertitude et à l’approche des élections européennes, ce nouvel épisode témoigne de l’intensification du débat public sur le rôle et la responsabilité des grands groupes industriels face à la crise climatique et aux inégalités sociales.
