Le Sri Lanka traverse une période d’intenses turbulences économiques. Au cœur de cette crise, une nouvelle hausse des tarifs de l’électricité vient de frapper foyers et entreprises, accentuant la pression sur un pouvoir d’achat déjà malmené. Cette mesure, annoncée par les autorités en réponse à la dégradation des finances publiques et à la nécessité de redresser le secteur de l’énergie, suscite l’inquiétude des consommateurs, qui redoutent une aggravation du coût de la vie.
Selon la Commission de régulation de l’électricité du Sri Lanka, l’augmentation, effective depuis le 1er juin, s’élève en moyenne à 15 % pour les consommateurs domestiques. Pour certains ménages à faibles revenus, la facture pourrait monter jusqu’à 25 %, tandis que les entreprises de taille moyenne et l’industrie subissent également des hausses significatives. Cette mesure, la troisième en l’espace de dix-huit mois, est présentée par le gouvernement comme inévitable pour éviter une rupture d’approvisionnement et assurer la stabilité du secteur.
Derrière cette décision se cache la réalité d’un secteur énergétique en grande difficulté. Le Sri Lanka, lourdement endetté, continue de faire face au défi chronique du financement de l’achat de combustibles fossiles nécessaires à la production d’électricité. Les pénuries de devises conjuguées aux perturbations mondiales sur les marchés de l’énergie pèsent lourdement sur l’équilibre financier de la Ceylon Electricity Board (CEB), l’opérateur public du secteur. Les autorités justifient donc cette hausse par la nécessité de réduire les subventions, de garantir la continuité du service et d’attirer de nouveaux investissements, notamment dans les énergies renouvelables.
Pour la population, cependant, cette augmentation des tarifs d’électricité s’apparente à une nouvelle ponction insupportable. Depuis la crise économique aiguë de 2022, qui avait provoqué des coupures d’électricité massives et des pénuries de carburant, le pays peine à se relever. La monnaie a fortement perdu de sa valeur, l’inflation a atteint des niveaux records et les prix des biens de première nécessité restent élevés. Nombre de foyers se disent contraints de restreindre leur consommation électrique ou de renoncer à certains équipements, une situation qui accentue le sentiment de précarité.
Le secteur privé tire également la sonnette d’alarme. Les représentants des chambres de commerce mettent en garde contre l’impact de cette nouvelle hausse sur la compétitivité des entreprises locales, déjà fragilisées par la hausse des coûts d’importation et la baisse de la demande intérieure. Les petites et moyennes entreprises, considérées comme le poumon de l’économie sri-lankaise, pourraient voir leur rentabilité menacée si les factures énergétiques continuent de grimper. Certaines sociétés envisagent de réduire leur activité ou de reporter des recrutements.
Face à la pression de la rue, le gouvernement a promis des mesures de soutien ciblées, notamment un accompagnement temporaire pour les ménages les plus vulnérables. Mais nombreux sont ceux qui doutent de l’effectivité de ces aides, alors que les finances publiques restent plombées par une dette extérieure sous surveillance du Fonds monétaire international.
Cette nouvelle flambée du prix de l’électricité révèle, une fois de plus, la fragilité structurelle de l’économie sri-lankaise et la nécessité d’accélérer les réformes, notamment dans le domaine de l’énergie. Experts et économistes insistent sur la nécessité de diversifier le mix énergétique, d’investir dans les renouvelables et d’accroître l’efficacité du réseau pour offrir aux consommateurs une électricité à la fois fiable et abordable. En attendant, la population doit affronter un quotidien sous tension, le spectre de l’austérité énergétique restant bien présent.
