Le débat autour de la place de TotalEnergies dans l’économie française vient de franchir un nouveau cap. Invité ce mardi matin sur le plateau de France 2, le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a estimé qu’une nationalisation du géant pétrolier n’était « pas déraisonnable » et devait être envisagée comme l’une des pistes pour orienter la transition énergétique du pays.

Rebondissant sur l’annonce récente du maintien de la fiscalité avantageuse dont bénéficie TotalEnergies, le député LFI de Marseille a affirmé que l’entreprise était « extrêmement rentable », tout en soulignant que les bénéfices colossaux réalisés ces dernières années posent la question de leur usage et de leur redistribution. « TotalEnergies profite d’un environnement fiscal particulièrement favorable, tout en dégageant des profits records. Ces revenus devraient pouvoir bénéficier à l’intérêt général plutôt qu’uniquement aux actionnaires », a-t-il déclaré.

Dans le détail, TotalEnergies affiche en effet une santé financière remarquable. En 2023, le groupe avait déjà enregistré plus de 20 milliards d’euros de bénéfices nets, confirmant la tendance observée depuis la flambée des prix de l’énergie causée par la reprise post-Covid puis par la guerre en Ukraine. Pour Manuel Bompard, une telle rentabilité justifierait une réflexion approfondie sur sa place dans l’économie et sa contribution aux finances publiques.

La question de la nationalisation du secteur énergétique n’est pas nouvelle dans le débat public hexagonal. Elle avait émergé l’an dernier au moment du rachat d’EDF par l’État, puis dans la foulée des résultats exceptionnels de TotalEnergies. Mais le gouvernement a jusque-là écarté cette option, préférant miser sur des négociations pour inciter le groupe à limiter la hausse des prix dans les stations-service, ou à investir davantage dans les énergies renouvelables.

Pourtant, selon Manuel Bompard, l’État ne peut plus se contenter du statu quo. « Nous devons reprendre la main sur nos outils énergétiques. La nationalisation de TotalEnergies, qui n’est pas invraisemblable au regard de son poids stratégique et de ses profits, permettrait d’accélérer la transition écologique et de garantir la souveraineté énergétique de la France », a martelé l’élu insoumis. Il estime qu’une telle mesure pourrait offrir à l’État une marge de manœuvre inédite pour planifier la décarbonation du secteur, tout en assurant une juste redistribution des bénéfices.

La déclaration du chef de file insoumis n’a pas manqué de faire réagir du côté de la majorité présidentielle. Interrogé ce mardi par la presse, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a balayé l’hypothèse d’une nationalisation, réaffirmant « l’attachement au dialogue avec les entreprises françaises » tout en saluant le rôle stratégique de TotalEnergies. « Nous préférons une coopération intelligente pour orienter les investissements vers la transition énergétique plutôt qu’une étatisation massive », a-t-il développé, en rappelant la difficulté de mener de front la compétitivité des entreprises et la justice sociale.

De leur côté, les représentants de la CFDT et de la CGT du secteur se disent « ouverts au débat » mais réclament, en priorité, des garanties pour l’emploi et un engagement recadré sur le climat. Les marchés financiers, eux, surveillent de près l’évolution de cette controverse : la perspective d’une nationalisation, même jugée improbable dans l’immédiat, fait remonter le souvenir de précédents retentissants, à l’image de l’affaire EDF ou des récentes tensions sur l’électricité en Europe.

Le sujet s’immisce d’autant plus dans la campagne pour les élections européennes, que la place et le contrôle de secteurs stratégiques par la puissance publique se sont imposés ces derniers mois comme des thèmes majeurs. Alors que les tensions géopolitiques ravivent les questionnements sur la souveraineté, le sort de TotalEnergies, fleuron industriel et symbole du modèle capitaliste à la française, s’invite désormais au cœur du débat national. Les prochaines semaines devraient révéler si cette option, longtemps jugée improbable, trouvera un écho au-delà de la gauche de l’échiquier politique.

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