Alors que la guerre fait rage au Moyen-Orient, la consommation des stocks stratégiques de pétrole dans le monde atteint des niveaux jamais observés, selon une mise en garde de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rendue publique mercredi. Jamais depuis la création de ces réserves, conçues pour amortir les chocs et garantir la sécurité énergétique de nombreux pays, celles-ci n’avaient été aussi sollicitées en un temps si court.

L’AIE souligne que cette déplétion accélérée est largement liée à l’instabilité géopolitique qui règne dans cette région clé pour le marché pétrolier mondial. La situation s’est récemment tendue du fait de l’escalade des hostilités, qui menacent de perturber encore davantage l’approvisionnement. Pour faire face à la volatilité des prix et sécuriser l’approvisionnement de leurs économies, de nombreux États puisent activement dans leurs réserves d’urgence.

Les pays membres de l’OCDE disposent traditionnellement de stocks stratégiques, mis en place depuis les chocs pétroliers des années 1970. Leur but : faire face à des ruptures brutales d’approvisionnement et éviter tout choc trop brutal sur les prix. Mais selon l’organisation basée à Paris, les stocks cumulés de ses membres ont diminué de plus de 200 millions de barils au cours des douze derniers mois. Ce rythme est inédit depuis la fondation de l’AIE en 1974.

Dans son rapport, l’AIE met également en garde contre les conséquences d’une telle tendance à moyen terme. « Le niveau des réserves mondiales s’approche de paliers préoccupants. Une nouvelle aggravation de la crise pourrait placer certains pays dans une situation de grande vulnérabilité énergétique », insiste l’organisme.

La forte demande sur le marché, combinée aux craintes que de nouveaux affrontements au Moyen-Orient ne perturbent l’approvisionnement, fait flamber les cours du brut. Sur les marchés internationaux, le baril de Brent a connu ces dernières semaines une volatilité accrue. Plusieurs raffineries asiatiques cherchent à sécuriser leurs livraisons, tandis que les États-Unis, premier pays consommateur mondial, ont déjà entamé une partie de leurs propres réserves pour endiguer la hausse des prix à la pompe.

L’AIE s’inquiète par ailleurs de l’effet domino que pourrait avoir une pénurie persistante sur l’économie mondiale. Si la reprise post-pandémie a largement dynamisé la demande énergétique, celle-ci se retrouve aujourd’hui mise à mal par l’exacerbation des risques géopolitiques. Les pays européens, qui font face à la fois à la crise ukrainienne et aux tensions au Moyen-Orient, sont particulièrement exposés, rappelle l’agence dans son rapport.

Face à la situation, l’organisation recommande une coordination renforcée entre les grands consommateurs pour gérer au mieux les stocks restants et favoriser des politiques de sobriété énergétique. Elle appelle également à accélérer l’investissement dans les énergies renouvelables et les alternatives au pétrole afin de réduire la dépendance structurelle à l’or noir.

Pour l’heure, la crise actuelle fait grimper la pression sur les décideurs et relance le débat autour de la sécurité énergétique mondiale. Entre multiplication des zones de conflits et demande qui demeure élevée, l’incertitude perdure sur la bonne capacité des réserves mondiales à assumer un nouveau choc. L’AIE prévient : la rapidité à laquelle ces ressources se tarissent pourrait représenter un risque majeur dans les prochains mois, si la crise venait à s’intensifier.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *