Longtemps considérée comme le pré carré des grands groupes, l’innovation s’impose aujourd’hui comme un facteur clé de compétitivité accessible à un nombre croissant d’acteurs économiques, estime Paul-François Fournier, directeur exécutif Innovation chez Bpifrance. Pour ce dernier, le visage du tissu économique français s’est considérablement transformé au cours des dernières années, bousculant la répartition traditionnelle des cartes de l’innovation.

« Il fut un temps où les grands groupes concentraient en leur sein l’essentiel de la recherche et développement, bénéficiant de puissants moyens financiers, de laboratoires internalisés et d’équipes pluridisciplinaires capables de faire émerger de nouveaux produits et d’imposer leur vision innovante sur les marchés », analyse Paul-François Fournier. Mais cette époque semble révolue. « Aujourd’hui, les petits acteurs comme les start-up et les PME rivalisent d’audace et de créativité, entraînés par la transformation numérique et la démocratisation des outils technologiques ».

Le patron de l’Innovation chez Bpifrance constate un renversement structurel : « Les barrières à l’entrée ont été abaissées. Accéder aux talents, financer un projet, tester une nouvelle technologie… Ces étapes jadis coûteuses et complexes deviennent aujourd’hui beaucoup plus abordables pour les entreprises, même de petite taille. C’est une situation inédite », souligne-t-il.

Le recours à l’open innovation, les dispositifs d’accompagnement financier et la vitalité des écosystèmes entrepreneuriaux contribuent à ce mouvement de fond. « Les grands groupes ont compris depuis plusieurs années déjà qu’ils ne peuvent plus innover uniquement en vase clos. Ils nouent de plus en plus de partenariats avec des start-up, participent à des incubateurs, investissent dans des fonds d’amorçage. Ce sont désormais des terres d’innovation partagée », explique Paul-François Fournier.

Pour autant, les grands groupes n’ont pas disparu du paysage. Leur rôle a évolué, passant de leaders incontestés à celui de partenaires, voire d’accélérateurs d’innovation. « Ils jouent un rôle crucial dans la validation à grande échelle des innovations imaginées par les petits acteurs, et leur expertise industrielle reste irremplaçable pour passer du prototype à la production de masse. Mais la dynamique d’innovation s’est déplacée : elle est de plus en plus issue du foisonnement de start-up et de PME », détaille-t-il.

Cette évolution, selon lui, s’appuie sur plusieurs piliers, à commencer par le financement public et privé. « En France, le soutien apporté à l’innovation via Bpifrance, les réseaux d’accompagnement, le crédit d’impôt recherche ou encore les business angels a permis l’émergence de véritables champions dans des secteurs variés : santé, énergie, mobilité ou encore technologies de l’information », constate Paul-François Fournier.

Le dirigeant souligne également l’effort d’acculturation des jeunes générations aux codes de l’entrepreneuriat. « On observe une véritable dynamique auprès des étudiants, des ingénieurs, des chercheurs, qui veulent transformer une idée en société et répondre à des enjeux concrets. Cette effervescence est favorisée par la montée en puissance des deep tech et le foisonnement de nouveaux modèles économiques. »

Enfin, Paul-François Fournier insiste sur l’importance de la coopération dans le nouvel écosystème. « L’innovation n’est plus l’apanage d’un seul acteur, mais le fruit d’une intelligence collective. La force de l’économie française aujourd’hui, c’est sa capacité à faire dialoguer grandes entreprises et jeunes pousses, à multiplier les passerelles, à croiser les expertises. »

Ce bouleversement des codes devrait continuer de s’amplifier, porté par la vague des transitions numérique, énergétique et environnementale. « L’innovation restera la clé. Mais ce sera avant tout celle du collectif et de l’agilité. Le temps du monopole est bel et bien révolu », conclut le représentant de Bpifrance.

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