Après des années de profonde crise économique et sociale, le Venezuela tente de relever la tête. Dans les rues de Caracas, une timide reprise semble poindre, entre magasins qui rouvrent et files d’attente qui raccourcissent. Certains y voient les premiers signes d’une normalisation. Mais pour la grande majorité des habitants, le quotidien reste marqué par la précarité, l’inflation et l’incertitude politique.
Depuis 2013, le pays sud-américain a subi l’une des plus graves récessions de l’histoire récente. L’hyperinflation a érodé la valeur du bolivar, la monnaie locale, tandis que les pénuries de biens de première nécessité ont rythmé la vie de millions de Vénézuéliens. Les sanctions économiques imposées par les États-Unis et l’Union européenne, en réaction à la situation politique et aux violations des droits humains, ont encore aggravé la crise. Selon les chiffres des Nations Unies, près de sept millions de personnes ont fui le pays au cours de la dernière décennie.
Malgré ce contexte difficile, certains indicateurs économiques montrent des signes de stabilisation. Depuis 2022, le gouvernement de Nicolás Maduro a partiellement ouvert l’économie, assoupli le contrôle des changes et permis une dollarisation informelle du commerce. Cette stratégie a permis d’attirer de nouvelles devises et de relancer, dans une certaine mesure, les importations. Les rayons des supermarchés, quasi vides il y a quelques années, sont à nouveau approvisionnés. À Caracas, de nouveaux restaurants et boutiques de luxe s’adressent à une clientèle aisée, souvent employée dans l’industrie pétrolière ou profitant de la manne du secteur privé émergent.
Pourtant, ce frémissement profite à une fraction très limitée de la population. La majorité des Vénézuéliens vivent toujours avec des salaires très faibles, qui peinent à suivre la hausse continue des prix. L’inflation, bien que moins dévastatrice que dans les années 2017-2021, reste l’une des plus élevées au monde. Selon la Banque centrale du Venezuela, l’indice des prix à la consommation a augmenté de plus de 200 % en 2023. La pauvreté touche près de 50 % de la population d’après les ONG, et l’exode continue vers les pays voisins, notamment la Colombie, le Pérou et le Brésil.
Les causes structurelles de la crise n’ont pas disparu. L’industrie pétrolière, poumon de l’économie vénézuélienne, fonctionne toujours à un niveau bien inférieur à son potentiel. Les infrastructures souffrent de sous-investissement chronique et de ruptures de courant régulières. Le système de santé reste exsangue, avec des hôpitaux manquant de matériel et de personnel qualifié. Le secteur privé pâtit d’un environnement réglementaire imprévisible et d’une fiscalité très lourde, tandis que les investisseurs étrangers demeurent prudents, en raison du risque politique et juridique élevé.
« Le chemin est encore long » résume Maria Torres, économiste à l’Université centrale du Venezuela. « Certains ménages profitent des transferts d’argent de la diaspora et de la dollarisation, mais cela crée une société à deux vitesses. La croissance ne deviendra durable que si le cadre macroéconomique est assaini et si les investissements reprennent durablement. » De nombreux experts considèrent que seule une normalisation politique et un allégement des sanctions pourraient ouvrir la voie à une réelle sortie de crise. Pour l’heure, au Venezuela, l’espoir d’un « printemps économique » demeure fragile et inégalement réparti.
