Alors que la question de la transition énergétique pousse les acteurs industriels à repenser leur stratégie et leurs investissements, une start-up joue une carte audacieuse : Newcleo, société franco-italienne, ambitionne de révolutionner l’univers du nucléaire en misant sur des technologies dites « durables ». Fondée en 2021, l’entreprise s’impose déjà comme l’un des nouveaux visages de l’innovation européenne dans l’énergie.

À l’origine de Newcleo, on retrouve Stefano Buono, un pionnier du secteur, ex-collaborateur du Prix Nobel Carlo Rubbia et entrepreneur à succès grâce à la vente de sa précédente société AAA à Novartis pour 3,9 milliards de dollars en 2017. Entourée d’équipes multidisciplinaires alliant ingénieurs, chercheurs et spécialistes de la finance, la jeune pousse s’est donné pour mission de développer une nouvelle génération de réacteurs, aux performances supérieures et à l’empreinte carbone réduite.

Contrairement à la plupart des entreprises positionnées sur le nucléaire, Newcleo défend l’idée d’une industrie atomique parfaitement alignée avec les exigences du monde d’aujourd’hui : sécurité accrue, gestion innovante des déchets, recyclage du plutonium existant et intégration dans un mix énergétique résolument faible en carbone. L’objectif : produire une énergie propre, abondante, tout en contribuant à la résolution du lourd héritage des combustibles usés accumulés par les centrales conventionnelles.

Le pari technologique de Newcleo repose sur une architecture de réacteurs dits à neutrons rapides refroidis au plomb. Ce type de solution, déjà explorée par le CEA en France ou encore en Russie, permettrait à la fois de fermer le cycle du combustible et d’extraire plus d’énergie de l’uranium et du plutonium, transformant des déchets radioactifs à vie longue en matières valorisables. Newcleo se distingue aussi par sa volonté de miniaturiser ces installations, ouvrant la voie à une production plus flexible et décentralisée, à l’opposé du modèle actuel des grands sites nucléaires.

Pour mener à bien cette vision, Newcleo s’est dotée de moyens importants. En moins de trois ans, la société a réussi à lever près de 400 millions d’euros auprès d’investisseurs privés et institutionnels. Un tour de table qui témoigne autant de la confiance que suscite la technologie portée par la start-up que de l’attrait renouvelé pour l’énergie nucléaire en pleine crise climatique. Récemment, Newcleo a annoncé vouloir accélérer son implantation sur le sol français avec la construction d’un premier démonstrateur industriel à partir de 2025, un jalon stratégique qui pourrait positionner la France parmi les leaders mondiaux du nucléaire de nouvelle génération.

Si le chemin jusqu’à une exploitation à grande échelle reste semé d’embûches réglementaires, techniques et financières, Newcleo s’impose déjà comme un acteur incontournable du débat sur l’avenir énergétique européen. Face aux enjeux de sécurité d’approvisionnement et de réduction des émissions, la société veut offrir une alternative crédible aux énergies fossiles comme aux énergies renouvelables intermittentes.

Reste à convaincre l’opinion publique, longtemps méfiante vis-à-vis de l’énergie atomique. Sur ce terrain, Newcleo mise sur la transparence, la pédagogie et la coopération avec les autorités nationales et internationales. Un pari d’autant plus crucial que le calendrier de la transition énergétique se resserre et que chaque innovation susceptibles de rendre les systèmes électriques plus propres et résilients est scrutée de près par les décideurs du secteur.

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