Dans une déclaration pour le moins retentissante, le président serbe Aleksandar Vučić a émis une comparaison saisissante entre l’attitude actuelle de l’Europe et celle de l’Empire romain avant sa chute. S’exprimant lors d’une intervention publique, le chef de l’État serbe a ainsi pointé du doigt ce qu’il perçoit comme une « supériorité morale » injustifiée sur laquelle continuerait de se reposer le Vieux Continent.
«Nous croyons, à tort, avoir une supériorité morale», a affirmé Aleksandar Vučić, soulignant selon lui un sentiment d’autosatisfaction qui caractériserait une partie importante des responsables et de l’opinion publique européenne. Selon le président serbe, cette posture d’arrogance morale pourrait se révéler contre-productive, notamment dans le contexte d’un monde en proie à de multiples bouleversements géopolitiques et économiques.
Le parallèle esquissé par le leader serbe avec le sort de l’Empire romain n’est pas anodin. Pour Aleksandar Vučić, l’Europe se trouverait à un moment charnière de son histoire, semblable à celui qui a précédé la désintégration de Rome. À l’instar de la célèbre puissance antique, ce seraient aujourd’hui les certitudes jugées inébranlables, le confort de la routine et une conviction profonde de surplomber le reste du monde sur le plan moral, qui pourraient constituer les prémices d’une spirale déclinante.
Le président serbe n’a pas manqué d’attirer l’attention sur la nécessité pour l’Europe de faire preuve de plus d’autocritique. «Au lieu de travailler à comprendre les évolutions profondes du monde et les défis économiques, démographiques et stratégiques qui se présentent, une partie de l’Europe préfère s’en remettre à une illusion de grandeur passée», a-t-il déploré. Il estime que l’incapacité à s’adapter à une scène internationale toujours plus complexe fragilise la position européenne dans des dossiers aussi cruciaux que l’énergie, la compétitivité industrielle ou encore la sécurité collective.
Aleksandar Vučić a également évoqué la tentation de « donner des leçons » aux autres nations, un trait qu’il juge particulièrement contre-productif. «L’Europe veut incarner un modèle, sinon un juge, pour le reste du monde. Mais personne ne veut d’une morale imposée de l’extérieur», a-t-il analysé, notant que cette attitude suscite l’irritation de plusieurs pays émergents et partenaires traditionnels.
Cette prise de position s’inscrit dans un contexte de tensions accrues, alors que la Serbie cherche à ménager ses relations aussi bien avec Bruxelles qu’avec d’autres grandes capitales, notamment Moscou et Pékin. Pour certains analystes, les propos du président serbe traduisent le malaise d’une Europe confrontée à des remises en cause externes, mais aussi internes. D’autres y voient la volonté d’Aleksandar Vučić de renforcer sa stature sur la scène internationale en se posant comme un interlocuteur franc, voire iconoclaste.
Loin d’être un simple trait d’humour ou une provocation, cette comparaison appuyée avec la Rome antique se veut, pour le président serbe, un signal d’alarme. Selon lui, la seule voie pour l’Europe consiste à revoir en profondeur ses certitudes et à s’ouvrir au dialogue avec les différentes composantes du monde, à rebours des idées reçues qui ont contribué autrefois à la chute de grandes civilisations.
