Selon les dernières analyses financières de la zone euro, l’Italie s’apprête à surpasser la Grèce en matière de dette publique rapportée au produit intérieur brut (PIB). Un tournant historique qui place la troisième économie de la zone euro sous les projecteurs des marchés et des institutions internationales, à l’heure où la soutenabilité de sa dette devient un sujet d’inquiétude croissante.\n\nD’après les statistiques publiées récemment, la dette publique italienne a atteint environ 145 % du PIB en 2023, et devrait continuer sur cette trajectoire ascendante dans les années à venir. Ce niveau s’approche dangereusement de celui de la Grèce, traditionnellement considérée comme le maillon faible de la zone euro depuis la crise financière mondiale et la crise de la dette souveraine qui ont fortement frappé le pays dans les années 2010. Les prévisions convergent désormais vers une inversion du classement : sous l’effet combiné d’une croissance économique atone et d’une augmentation des charges d’intérêts, l’Italie pourrait détenir, dès 2025, le ratio d’endettement le plus élevé de la zone euro.\n\nCette situation inquiète les observateurs et les investisseurs, particulièrement dans le contexte du resserrement monétaire opéré par la Banque centrale européenne. Depuis plusieurs mois, la BCE a augmenté ses taux d’intérêt pour endiguer une inflation persistante, rendant le service de la dette nettement plus coûteux pour les États fortement endettés. Pour l’Italie, où la charge des intérêts dépasse désormais 80 milliards d’euros par an, la gestion budgétaire devient de plus en plus ardue. Rome doit jongler entre les impératifs de réduction des déficits et les pressions sociales et économiques internes, particulièrement après la pandémie de Covid-19 qui a creusé les finances publiques.\n\nParadoxalement, malgré cet endettement record, l’Italie continue de bénéficier d’un accès relativement aisé aux marchés financiers, grâce notamment à la présence de la BCE qui agit en « filet de sécurité » pour les pays de la zone euro. Les investisseurs restent toutefois attentifs à la capacité du gouvernement italien à mettre en œuvre des réformes structurelles, exigées par Bruxelles dans le cadre du plan de relance européen. Or, la coalition au pouvoir peine à s’accorder sur des mesures profondes, ce qui pourrait affaiblir la confiance des marchés et augmenter la pression sur les taux d’emprunt du pays.\n\nLa comparaison avec la Grèce est d’autant plus frappante que cette dernière, après plus d’une décennie de réformes difficiles et de programmes d’aide internationaux, est parvenue à stabiliser sa dette et à retrouver la confiance des marchés. L’Italie, de son côté, semble aujourd’hui confrontée à des choix similaires en matière d’ajustement budgétaire, mais dans un contexte économique et social particulièrement tendu. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si Rome saura éviter une spirale de la dette qui menacerait la stabilité économique de l’ensemble de la zone euro.\n\nL’évolution de la trajectoire budgétaire italienne restera donc scrutée de près par les agences de notation, la Commission européenne et les investisseurs. Toute dégradation supplémentaire de la situation pourrait avoir des répercussions sur le coût du financement de l’État et, plus largement, sur la confiance dans la solidité de la zone euro elle-même.
