L’économie japonaise se retrouve confrontée à une nouvelle série de risques inflationnistes sous l’effet du regain de tensions au Moyen-Orient. Les analystes revoient à la hausse leurs projections d’inflation, une évolution qui place la Banque du Japon sous pression alors même que le pays cherche à sortir d’une longue période de stagnation des prix.
Depuis le début de l’année, la situation géopolitique au Moyen-Orient s’est engagée dans une spirale d’instabilité. Les récents affrontements et blocus dans cette région, cruciale pour l’approvisionnement mondial en hydrocarbures, ont provoqué une flambée des cours du pétrole et du gaz naturel sur les marchés internationaux. Or, le Japon, fortement dépendant des importations énergétiques, reste extrêmement vulnérable aux soubresauts géopolitiques de cette nature. Selon les dernières données officielles, plus de 90% du pétrole consommé au Japon provient du Moyen-Orient.
Face à cette situation, de nombreuses institutions financières nippones et étrangères anticipent désormais une accélération de la hausse des prix au cours des prochains mois. Le cabinet d’analyses Nomura Research prévoit une inflation annuelle supérieure à 3 % pour l’année en cours, contre 2,5 % initialement attendus. Daiwa Securities estime également que la progression de l’indice des prix à la consommation pourrait surprendre à la hausse si la crise venait à se prolonger, avec un impact direct sur les ménages et les entreprises.
Ces nouvelles perspectives interviennent à un moment où la Banque du Japon, longtemps engagée dans une politique monétaire ultra-accommodante, commence tout juste à envisager un resserrement progressif. Depuis des décennies, l’institution lutte contre la déflation et peine à ancrer une hausse durable des prix et des salaires. Toutefois, la récente résurgence de l’inflation, notamment sous l’effet des phénomènes extérieurs comme la dépréciation du yen et l’envolée des prix des matières premières, a ravivé le débat autour d’un éventuel relèvement de ses taux directeurs.
Les ménages japonais, déjà confrontés à une hausse du coût de la vie, redoutent de voir cette tendance s’accentuer. Les importateurs, en particulier dans les secteurs de l’énergie et de l’alimentation, signalent des difficultés croissantes à répercuter la totalité de la hausse des coûts sur les consommateurs, ce qui pèse sur leurs marges. De leur côté, les entreprises industrielles anticipent un renchérissement de leurs intrants, susceptible d’entraver la reprise de l’activité et d’alimenter de nouvelles vagues de hausses tarifaires en bout de chaîne.
Dans ce contexte, le gouvernement japonais se montre attentif et promet de soutenir la population la plus vulnérable. Plusieurs mesures d’aide ciblées pourraient être annoncées dans les semaines à venir, sous forme de subventions ou de baisses temporaires de taxes sur les carburants.
La trajectoire de l’inflation au Japon dans les mois à venir dépendra en grande partie de l’évolution de la situation au Moyen-Orient. Si la crise venait à s’intensifier ou à s’étendre, les pressions inflationnistes pourraient s’avérer plus durables que prévu, obligeant gouvernement et Banque du Japon à revoir leur stratégie économique et monétaire. En attendant, le pays observe avec inquiétude la flambée des prix de l’énergie et ses répercussions sur le pouvoir d’achat ainsi que sur la compétitivité de ses entreprises.
