L’économie allemande donne enfin des signes de reprise, après plusieurs trimestres difficiles qui l’avaient plongée dans la récession. Selon les données publiées ce vendredi par l’Office fédéral de la statistique (Destatis), le produit intérieur brut (PIB) de la première économie européenne a progressé de 0,3 % au premier trimestre 2024, après s’être contracté de 0,5 % lors du trimestre précédent. Un chiffre encourageant, bien que modeste, qui témoigne d’une dynamique de sortie de la torpeur économique, alimentée par une reprise des exportations et une légère embellie de la demande intérieure.
Depuis le début de la guerre en Ukraine et l’explosion des coûts de l’énergie, l’Allemagne fait face à une conjoncture délicate : secteur industriel pénalisé par la flambée des prix, affaiblissement de sa compétitivité, ralentissement de la demande mondiale et baisse de confiance des acteurs économiques. Des vents contraires qui ont conduit le pays à enregistrer plusieurs trimestres consécutifs de stagnation, voire de recul de son activité, situation que beaucoup d’analystes qualifiaient de « récession technique ».
Dans le détail, cette timide amélioration est portée avant tout par le rebond des exportations, depuis longtemps moteur traditionnel de la croissance allemande. Selon la Bundesbank, la demande pour les biens d’équipement et les produits chimiques, notamment en provenance d’Asie et des États-Unis, a permis aux industriels de profiter d’un léger répit, malgré un contexte international toujours incertain et une production manufacturière qui demeure en-dessous de ses niveaux d’avant-crise. Ce regain d’activité à l’export a, à son tour, contribué à dynamiser certains segments du marché du travail, limitant la hausse du chômage et soutenant le revenu des ménages.
Sur le front domestique, l’amélioration reste fragile. La consommation des ménages, pilier absent en 2023, a apporté une contribution modérée à la croissance. Les ménages, qui avaient fortement freiné leurs dépenses face à l’envolée des prix, semblent bénéficer d’une décélération de l’inflation, elle-même retombée à 2,2 % sur un an en mai, selon les estimations de Destatis. Mais les incertitudes sur le pouvoir d’achat, la hausse des loyers et des prix alimentaires comme la prudence des entreprises dans l’investissement, freinent tout emballement de la demande intérieure.
La réaction du gouvernement d’Olaf Scholz reste mesurée. Le chancelier social-démocrate a salué une étape positive, tout en appelant à « rester vigilant » face à des aléas encore nombreux. L’exécutif mise sur les mesures de soutien à l’industrie – notamment via la transition énergétique – et sur une politique de redéploiement des compétences pour conserver sa place de leader industriel en Europe. De nombreux économistes appellent néanmoins à plus de réformes structurelles, en particulier pour stimuler l’investissement privé et atténuer le fardeau de la fiscalité sur les entreprises.
Si la reprise allemande paraît engagée, elle reste loin de la vigueur retrouvée en France, où l’activité s’est accrue de 0,2 % au premier trimestre, ou de celle constatée en Espagne et en Italie, toutes deux au-dessus de la moyenne européenne. Les perspectives restent donc prudentes. Les experts tablent sur une croissance limitée à 0,1 voire 0,2 % sur l’ensemble de l’année, des niveaux insuffisants pour répondre aux défis du verdissement de l’économie, du vieillissement démographique et de la nécessaire modernisation de l’appareil productif.
Dans ce contexte, l’économie allemande reste sous surveillance. La timide sortie de la récession constatée début 2024 témoigne d’une résilience encore fragile face aux chocs extérieurs. Mais elle pourrait annoncer les prémices d’une phase de consolidation, à condition que la stabilité des prix et le rebond de la confiance s’installent durablement. Le débat sur la compétitivité et le modèle industriel allemand, lui, ne fait que commencer.
