L’inflation dans la zone euro a de nouveau accéléré au mois d’avril. Selon les données publiées ce mercredi par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, la hausse des prix à la consommation sur un an a atteint 3% dans les vingt pays partageant la monnaie unique. Ce chiffre marque une progression par rapport au taux de 2,4% enregistré en mars, traduisant un regain de tension inflationniste alors même que la Banque centrale européenne (BCE) espérait une poursuite de l’accalmie.
La remontée de l’inflation s’explique en partie par la hausse des coûts de l’énergie et de certains produits alimentaires, ainsi qu’une dynamique de reprise de la demande sur plusieurs marchés intérieurs. En détail, les prix de l’énergie, qui avaient connu un net reflux dans les mois précédents, repartent à la hausse (+1,7% sur un an) tandis que l’alimentation, l’alcool et le tabac enregistrent une augmentation de 4,8%. Les services connaissent eux aussi une progression, avec une inflation annuelle de 3,7% sur ce poste, contre 3,1% en mars.
Ce retour de la pression inflationniste intervient alors que la BCE s’était engagée dans une politique de hausse marquée de ses taux d’intérêt afin de ramener l’inflation vers son objectif de 2% à moyen terme. Ces nouveaux chiffres compliquent cependant le calendrier de la BCE : alors qu’une détente monétaire était envisagée par certains observateurs pour le second semestre, ces statistiques risquent de susciter plus de prudence de la part de l’institution de Francfort. Le Conseil des gouverneurs devra de nouveau arbitrer entre la nécessité de soutenir la croissance, qui s’annonce fragile, et le maintien de sa crédibilité en matière de lutte contre la hausse des prix.
Sur le terrain, l’impact concret de cette accélération de l’inflation se fait sentir dans le quotidien des ménages. Face à la progression du panier alimentaire et au renchérissement de l’énergie, beaucoup se disent contraints de limiter certaines dépenses non-essentielles, fragilisant la confiance des consommateurs. Dans l’industrie, certains acteurs s’inquiètent également de l’augmentation du coût des intrants, qui pourrait amputer leurs marges et freiner leur capacité à investir.
La situation demeure pourtant contrastée au sein de l’Union. Si l’inflation accélère dans la majorité des économies, elle reste plus contenue dans les pays baltes ou en Espagne, où la hausse sur un an ne dépasse pas 2%. À l’inverse, l’Allemagne et la France enregistrent des niveaux supérieurs à la moyenne continentale, avec respectivement des taux d’inflation annuels de 3,4% et 3,2%. Ce différentiel suscite des débats sur la capacité de la BCE à appliquer une stratégie monétaire répondant à des situations nationales parfois très divergentes.
Dans un communiqué, Eurostat souligne que la volatilité des marchés de l’énergie et les aléas géopolitiques continuent d’alimenter l’incertitude sur l’évolution des prix. Plusieurs économistes estiment néanmoins que l’inflation devrait progressivement décélérer au second semestre, à condition qu’aucun choc externe majeur ne survienne. Les regards resteront donc braqués sur les prochaines annonces de la Banque centrale européenne, dont les choix seront déterminants pour la trajectoire de l’économie de la zone euro dans les prochains mois.
