La tension s’est invitée au sommet de l’audiovisuel français. Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions, a vivement critiqué le rapport mené par Charles Alloncle sur l’avenir du secteur public, accusant ce document de privilégier le registre polémique au détriment de l’analyse factuelle. La dirigeante prend ainsi la tête d’une résistance frontale aux propositions de réforme évoquées par la commission.
La publication du rapport Alloncle a jeté un pavé dans la mare médiatique. Destiné à éclairer le gouvernement sur l’évolution nécessaire de l’audiovisuel public, ce travail dresse un constat souvent sévère sur les modes de fonctionnement actuels, pointant notamment une supposée lourdeur administrative, une multiplication de doublons entre les entités du secteur, ainsi que des choix stratégiques jugés discutables. Mais plus que le fond, c’est la forme même de ce rapport qui suscite la colère de la patronne de France Télévisions.
« L’invective a pris le pas sur les faits, déplore Delphine Ernotte Cunci lors d’une déclaration transmise à la presse. La mission aurait dû procéder à une évaluation rigoureuse et documentée de notre action, or c’est un réquisitoire partial qui prévaut. » La réaction n’est pas isolée : plusieurs acteurs de l’audiovisuel public contestent la méthodologie employée par Charles Alloncle, accusant le rapport de faire place à des généralisations hâtives et à des analyses orientées.
Le document, qui s’intègre dans la réflexion engagée par l’État sur une éventuelle transformation – voire une fusion – des entités France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l’INA, devait initialement poser des diagnostics partagés par tous. Mais il suscite désormais crispations et incertitudes au sein du secteur, déjà ébranlé par l’annonce de futurs arbitrages budgétaires et institutionnels. Le rapport met l’accent sur les difficultés de gouvernance et de mutualisation des ressources, questionne la capacité d’adaptation des chaînes publiques à l’ère de la concurrence numérique, mais aussi leur capacité à maintenir un socle commun d’information et de création accessible à tous.
Face à ces critiques, Delphine Ernotte Cunci met en avant le bilan de France Télévisions soulignant les audiences solides, l’innovation en matière de formats et l’engagement en faveur de la diversité. Elle défend également son rôle d’amortisseur sociétal, notamment durant les périodes de crise comme la pandémie de Covid-19 et les tensions internationales. Selon la présidente du groupe audiovisuel, « la complexité des structures n’est pas la conséquence de l’inertie, mais bien celle des missions que l’État confie à France Télévisions, au service de tous les publics ».
Les syndicats de salariés s’inquiètent pour leur part des conséquences concrètes des recommandations Alloncle, craignant une remise en cause des statuts et une accélération des restructurations. Sur le terrain politique, plusieurs élus s’interrogent sur la finalité du rapport, redoutant qu’il ne soit le prélude à une fragilisation de l’offre publique de médias d’information et de création en France juste avant les Jeux Olympiques de Paris, un événement qui mettra les chaînes publiques sous le feu des projecteurs.
L’exécutif se retrouve ainsi face à un dilemme : tenir compte de ce travail de réflexion sans pour autant alimenter le clivage au cœur d’une institution qui joue un rôle central dans le paysage médiatique national. Alors que le secteur attend des décisions imminentes, tous les regards se tournent désormais vers la ministre de la Culture et le Premier ministre, appelés à arbitrer entre velléités de réforme et préservation des missions de service public. Les prochains mois seront cruciaux pour dessiner le futur visage de l’audiovisuel public français.
