Dans un contexte de mutations rapides du paysage médiatique et face à la montée en puissance des plateformes numériques internationales, l’avenir de l’audiovisuel public français suscite des interrogations. Jérémie Patrier-Leitus, député et membre influent de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, considère qu’une profonde réforme s’impose pour assurer la souveraineté et la vitalité du service public audiovisuel. Selon lui, la seule voie possible réside dans la fusion de France Télévisions et Radio France. Une telle opération permettrait, estime-t-il, de renforcer la puissance de frappe, la cohérence stratégique et la capacité d’innovation de l’audiovisuel public à moyen et long terme.
Face à des concurrents dotés de moyens considérables et profitant d’une attractivité technologique et éditoriale accrue, le modèle actuel est jugé peu adapté par le député. Il souligne que la fragmentation institutionnelle, la coexistence de structures autonomes et la dispersion des ressources fragilisent la réactivité et la force de proposition de l’audiovisuel public français. « Pour peser face aux géants du numérique qui investissent massivement dans la production de contenus, il faut une entité dotée d’une gouvernance unifiée et de moyens consolidés », estime Jérémie Patrier-Leitus. Cette union, selon lui, serait la condition sine qua non pour préserver à la fois l’indépendance éditoriale et la capacité à innover.
La fusion permettrait également, selon le député, d’optimiser la mutualisation des moyens, des compétences et des savoir-faire. Elle offrirait la possibilité de bâtir un portail commun de l’offre audiovisuelle publique française, facilitant la découverte de programmes, la diffusion des créations nationales, et favorisant un accès élargi à la diversité culturelle. « Il s’agit de proposer une alternative solide et attractive à l’offre des plateformes étrangères, capable de réunir l’ensemble des citoyens autour de valeurs communes et de la langue française », argumente-t-il.
Au-delà des enjeux économiques et culturels, Jérémie Patrier-Leitus insiste sur la question de la souveraineté. Face à l’influence croissante d’acteurs globaux comme Netflix, YouTube ou Spotify, il estime primordial de doter la France d’un pôle audiovisuel public suffisamment robuste pour défendre sa vision et son indépendance. Il ajoute : « Cette réforme s’impose si nous voulons garantir le pluralisme, le lien social et la transmission des savoirs à l’ère numérique. »
La perspective d’une fusion suscite néanmoins des interrogations et réserve des réticences, tant au sein des équipes concernées que des professionnels du secteur. Certains évoquent la spécificité des métiers et des missions de la radio par rapport à la télévision, ainsi que la crainte d’une dilution des identités éditoriales. Jérémie Patrier-Leitus se veut rassurant sur ce point : « L’identité de chaque média doit être respectée et valorisée. L’objectif n’est pas d’aboutir à une uniformisation, mais au contraire de renforcer la diversité de l’offre et la complémentarité des formats. »
Le député appelle enfin à un large débat public et parlementaire sur l’avenir de l’audiovisuel public et à une concertation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes. Il estime que la fusion doit s’accompagner d’une réflexion globale sur le financement, la gouvernance et la mission de service public à l’ère du numérique. Il souligne qu’il en va de la capacité de la France à maintenir un espace médiatique indépendant et à offrir une information fiable, une culture accessible et un débat démocratique de qualité à tous les citoyens.
