À moins de quarante jours du début de la Coupe du monde 2026, la Fédération internationale de football (FIFA) se heurte à un obstacle de taille : la conclusion des contrats de diffusion télévisée dans deux marchés stratégiques, l’Inde et la Chine. Cette situation inédite pour une compétition sportive de cette ampleur alimente les interrogations sur la stratégie commerciale de l’instance dirigeante du football mondial, alors même que la course contre la montre est engagée.
Traditionnellement, la Fifa parvient à conclure la vente de ses droits audiovisuels plusieurs mois, voire plusieurs années avant l’événement. Cependant, en ce début d’été 2026, les téléspectateurs de deux mastodontes asiatiques ne savent toujours pas sur quelle chaîne ils pourront suivre les 104 rencontres que propose la nouvelle formule du tournoi. Selon les sources proches du dossier, les négociations entre la Fifa et les principaux groupes audiovisuels locaux achoppent sur des questions tarifaires et sur la structuration même des offres, alors que la fédération mondiale ambitionnait d’étendre significativement ses revenus tirés de la compétition phare.
L’enjeu est de taille. En 2018, la Coupe du monde en Russie avait rassemblé des dizaines de millions de téléspectateurs chinois et indiens, confirmant l’intérêt croissant pour le football dans ces régions traditionnellement dévolues à d’autres sports, comme le cricket pour l’Inde et le basket-ball en Chine. L’expansion de la Coupe du monde à 48 équipes devait par ailleurs permettre d’élargir encore les bases de fans et les marchés potentiels, renforçant la valeur de l’événement auprès des diffuseurs.
Mais les attentes jugées excessives de la Fifa auraient refroidi les groupes audiovisuels, déjà confrontés à une conjoncture publicitaire fragile. « La fédération a surévalué le marché », analyse un expert du secteur. En Inde, la multiplication des offres de streaming et la fragmentation des audiences compliquent la tâche des diffuseurs historiques, tandis qu’en Chine, le contexte économique incertain et la pression réglementaire compliquent la prise de risques financiers importants.
Face à cette impasse, plusieurs scénarios sont envisagés. Certains spécialistes n’excluent pas que la Fifa doive revoir ses ambitions à la baisse et accepter un modèle de partage des recettes, voire proposer elle-même un service de streaming en direct sur Internet, comme elle avait commencé à le faire dans certains petits marchés lors des précédentes compétitions. Mais une telle solution aurait sans doute un impact limité sur la notoriété de l’événement dans des pays de cette envergure, où la télévision traditionnelle reste le principal vecteur d’audience de masse.
Au sein de la Fifa, on assure que les discussions se poursuivent « de manière constructive » et que l’objectif reste une couverture maximale de l’événement. Mais, dans les coulisses, l’inquiétude grandit à mesure que le calendrier se resserre. Faute d’accord rapide, la perspective d’une Coupe du monde privée de diffusion dans deux des pays les plus peuplés du globe apparaît chaque jour un peu plus plausible, illustrant les défis croissants de la valorisation médiatique du sport roi à l’ère des mutations numériques.
