La crise énergétique qui touche actuellement l’Europe remet en lumière la dépendance du continent aux importations de gaz naturel. Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et aux sanctions internationales qui ont suivi, les flux de gaz russe vers l’Europe se sont considérablement réduits, provoquant une envolée des prix et des inquiétudes quant à la sécurité d’approvisionnement. Dans ce contexte, la Norvège, deuxième fournisseur de gaz du Vieux Continent derrière la Russie, est appelée à jouer un rôle central. Mais dispose-t-elle réellement des moyens de répondre aux besoins pressants de l’Europe ?
La Norvège, grâce à ses vastes ressources gazières en mer du Nord et un réseau d’infrastructures bien développé, exporte déjà environ 100 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, dont la très grande majorité à destination de l’Union européenne et du Royaume-Uni. En 2021, le gaz norvégien a représenté près de 20% de la consommation européenne. Depuis le début de la crise, la demande pour le gaz norvégien s’est amplifiée, la Commission européenne et de nombreux gouvernements nationaux cherchant à substituer les approvisionnements russes par d’autres sources.
Oslo a cherché à répondre à cet appel. Le gouvernement norvégien a autorisé depuis le printemps 2022 une augmentation de la production sur plusieurs champs gaziers stratégiques, notamment Troll – le plus important du pays – mais aussi Oseberg et Heidrun. Selon Equinor, première entreprise énergétique nationale, ces ajustements permettraient à la Norvège de livrer environ 10% de gaz en plus à l’Europe en 2022 par rapport à l’année précédente. Cet effort, bien que notable, ne suffira toutefois pas à compenser à lui seul la baisse massive des flux russes, qui assuraient avant la guerre près de 40% des importations européennes de gaz.
Le potentiel d’augmentation reste limité par des contraintes techniques et géologiques. « La Norvège produit déjà à un niveau élevé et il n’est pas possible, à court terme, d’extraire significativement plus sans risquer de compromettre la pérennité des gisements », souligne Anne-Sophie Corbeau, chercheuse à l’Université de Columbia et experte du marché gazier. De plus, les capacités des gazoducs qui relient la Norvège au continent européen via le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Belgique et la France sont proches de leur maximum.
À moyen terme, Oslo pourrait accroître encore ses contribution grâce à de nouveaux champs, comme celui de Johan Sverdrup, et à la mise en service du Baltic Pipe, une nouvelle infrastructure qui relie la Norvège à la Pologne via le Danemark. Ce projet doit permettre d’acheminer jusqu’à 10 milliards de mètres cubes par an, offrant une diversification bienvenue pour la Pologne, très dépendante du gaz russe jusqu’à récemment. Cependant, ces développements mettront plusieurs années à donner leur pleine mesure.
Pour l’instant, la Norvège se révèle donc un partenaire fiable et précieux dans la stratégie européenne de sécurisation de l’approvisionnement énergétique, mais elle ne peut à elle seule garantir l’équilibre du marché. D’autres alternatives sont explorées, notamment le recours accru au gaz naturel liquéfié (GNL) – en provenance des États-Unis, du Qatar ou d’Algérie – mais cette solution se heurte aussi à des limitations logistiques et des tarifs élevés.
Face à une crise qui risque de s’inscrire dans la durée, la Norvège reste un des piliers de la transition énergétique européenne mais devra, elle aussi, composer avec les réalités de ses capacités. Pour les pays de l’UE, la diversification rapide des sources et la réduction de la dépendance aux énergies fossiles restent des impératifs majeurs pour assurer l’avenir énergétique du continent.
