Au Chili, un nouveau front judiciaire s’ouvre entre les principaux groupes audiovisuels nationaux et le géant technologique Google. Selon les informations confirmées par plusieurs sources proches du dossier, les chaînes de télévision les plus influentes du pays ont déposé une plainte officielle devant le Tribunal de la libre concurrence (TDLC), accusant Google de pratiques anticoncurrentielles menaçant tant leur modèle économique que la diversité du paysage médiatique chilien.
La plainte, déposée conjointement par les chaînes Televisión Nacional de Chile (TVN), Mega, Canal 13 et Chilevisión, met en cause la domination croissante de Google sur le marché de la publicité numérique, un secteur vital pour le financement des médias audiovisuels traditionnels. Les groupes affirment que l’entreprise américaine, propriétaire de la plateforme YouTube, imposerait un déséquilibre structurel dans l’accès aux revenus publicitaires, en exploitant sa position dominante pour attirer annonceurs et audiences au détriment des diffuseurs historiques.
Les plaignants dénoncent en particulier l’intégration verticale du géant technologique, qui régit à la fois les plateformes de diffusion, les outils de placement publicitaire, et les systèmes d’analyse des audiences. Selon eux, cette combinaison permettrait à Google de privilégier ses propres services et de rendre moins visible le contenu émanant des chaînes locales sur Internet, limitant ainsi leur capacité à monétiser leurs productions via les canaux numériques. En conséquence, les groupes audiovisuels estiment subir une contraction inédite de leurs revenus publicitaires, mettant en danger des centaines d’emplois et leur mission de service public.
L’affaire s’inscrit dans un contexte international de plus en plus tendu entre les acteurs traditionnels des médias et les géants du numérique. Ces dernières années, plusieurs pays, dont la France, l’Australie et le Canada, ont adopté des législations cherchant à imposer aux grandes plateformes technologiques une redistribution plus équitable des revenus générés par la diffusion de contenus produits localement. Le Chili, où la consommation de médias numériques connaît une progression rapide, n’échappe pas à cette tendance et la plainte déposée par les chaînes de télévision marque une étape décisive dans le rapport de force avec les acteurs internationaux.
Les représentants des chaînes chiliennes demandent à l’autorité de la concurrence d’ouvrir une enquête approfondie sur les pratiques de Google et, le cas échéant, de mettre en place des mesures correctives visant à restaurer “la concurrence loyale sur le marché de la publicité numérique et de la visualisation de contenus audiovisuels en ligne”. Ils réclament également une transparence accrue dans les algorithmes de référencement de YouTube et des garanties pour l’accès équitable des contenus locaux aux audiences nationales.
Sollicitée pour réagir à ces accusations, la filiale locale de Google a déclaré dans un communiqué qu’elle « agit en conformité avec la législation chilienne et favorise l’innovation et la pluralité dans l’accès à l’information et au divertissement ». L’entreprise affirme vouloir dialoguer avec tous les acteurs du secteur afin de trouver des solutions équilibrées permettant de soutenir la création locale, tout en garantissant la liberté de choix pour les utilisateurs.
Le Tribunal de la libre concurrence devra désormais examiner la recevabilité de la demande avant d’éventuellement lancer une instruction formelle. Dans un secteur médiatique déjà fragilisé par la transition numérique et la fragmentation de l’audience, l’issue de cette procédure sera scrutée de près, tant au Chili qu’à l’international. Elle pourrait, selon les experts, préfigurer de nouvelles régulations dans la relation complexe et souvent asymétrique entre médias traditionnels et plateformes technologiques globales.
