Le rapport attendu sur l’avenir de l’audiovisuel public, dévoilé récemment, provoque une onde de choc au sein du secteur. Au cœur de la tempête, Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France, fait entendre une voix claire. Sans détour, elle décrit dans la proposition gouvernementale « tous les ingrédients d’une mise au pas » de l’audiovisuel public, nourrissant de vives inquiétudes sur l’indépendance des médias de service public.
Depuis plusieurs semaines, la perspective d’un bouleversement de l’organisation des médias publics occupait les esprits dans les rédactions de Radio France, France Télévisions, France Médias Monde et l’INA. Le rapport remis au gouvernement détaille un projet de fusion entre les acteurs majeurs du paysage audiovisuel. Sous prétexte de renforcer l’efficacité et la cohérence du secteur, il prône une mutualisation poussée des fonctions supports et une gouvernance centralisée, sous le contrôle étroit des pouvoirs publics.
Sibyle Veil ne cache pas son inquiétude devant cette évolution. Sans remettre en cause la nécessité d’adaptations dans un contexte de bouleversements technologiques et d’attentes renouvelées du public, elle s’alarme d’une recentralisation des décisions stratégiques. Selon elle, le risque est grand de voir l’indépendance éditoriale des rédactions affaiblie par des logiques administratives et politiques bille en tête.
Les principaux syndicats du secteur ne cachent pas non plus leur désarroi. Selon plusieurs responsables interrogés, la fusion proposée pourrait « porter un coup fatal à la diversité éditoriale » et « museler la capacité critique de l’audiovisuel public, garantie démocratique essentielle ». La question de la nomination des dirigeants, amenée à devenir le pouvoir exclusif de la majorité du moment, suscite des crispations. Beaucoup redoutent que cela n’ouvre la voie à des nominations partisanes et à une instrumentalisation de l’information.
La direction de Radio France, par la voix de sa PDG, évoque également la singularité de chaque entreprise, issue d’une histoire et d’une identité forgées au fil des décennies. « Vouloir homogénéiser à tout prix, c’est nier la richesse de notre paysage audiovisuel. Radio France n’est pas France Télévisions, et la complémentarité réside justement dans cette diversité », insiste Sibyle Veil. Elle rappelle la spécificité du média radiophonique, sa proximité avec les auditeurs et sa capacité de réaction à l’actualité immédiate.
Du côté du gouvernement, on insiste sur la nécessaire adaptation des médias publics dans un univers bouleversé par la concurrence des plateformes numériques et le désengagement progressif de la publicité télévisée. Mais la méthode interroge. Plusieurs parlementaires, y compris dans les rangs de la majorité, s’inquiètent du calendrier resserré et du manque de concertation avec les salariés concernés.
À ce stade, le dialogue entre l’exécutif et les directions des entreprises publiques semble tendu. Sibyle Veil appelle à un débat transparent : « Réformer, oui, mais pas au prix de la mise au pas de l’audiovisuel public, pilier de notre démocratie. Nous avons collectivement une responsabilité envers les citoyens. » Le feuilleton autour de la réforme de l’audiovisuel public ne fait sans doute que commencer, dans un contexte où l’indépendance de la presse cristallise, plus que jamais, les attentions et les inquiétudes.
