La décision du Royaume-Uni d’instaurer une taxe sur les grands groupes technologiques américains fait grincer des dents de l’autre côté de l’Atlantique. En effet, le président des États-Unis, Donald Trump, a fermement dénoncé cette initiative, qu’il considère comme discriminatoire à l’encontre des entreprises américaines, et menace d’imposer de nouvelles mesures de rétorsion commerciales si Londres ne fait pas marche arrière.
Débutée en avril dernier, la « Digital Services Tax » (DST) britannique impose une taxe de 2% sur les revenus générés au Royaume-Uni par les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les plateformes en ligne. Sont particulièrement visés des groupes tels que Google, Facebook ou Amazon, pour lesquels le marché britannique constitue une source de chiffre d’affaires considérable. Cette mesure, inspirée par des initiatives semblables en France et en Italie, vise à corriger ce que Londres considère comme une inégalité fiscale persistante : ces sociétés, généralement implantées dans des juridictions à la fiscalité avantageuse, s’acquittent d’impôts minimes au regard de leurs activités réelles dans le pays.
Hasard du calendrier ou riposte calculée, la réaction de Donald Trump n’a pas tardé. Lors d’une allocution à la Maison Blanche, le président a dénoncé une « taxe injuste et ciblée » et a prévenu « d’une possible réponse ferme » concernant les exportations britanniques vers les États-Unis. Washington évoque notamment la possibilité d’imposer des droits de douane sur certains produits phares du Royaume-Uni, un geste qui, dans le contexte des discussions déjà tendues sur l’après-Brexit, risque d’attiser encore un peu plus les tensions commerciales entre les deux alliés historiques.
Côté britannique, le gouvernement défend sa réforme. Le ministre des Finances a souligné que la taxe numérique vise « à garantir que les entreprises opérant au Royaume-Uni y contribuent justement ». Selon les services du Trésor, la mise en place de cette taxe devrait générer près de 500 millions de livres de recettes annuelles, tout en rééquilibrant la fiscalité du secteur numérique. Les autorités se disent toutefois prêtes à la supprimer si une solution internationale, discutée dans le cadre de l’OCDE, venait à être adoptée.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte de tensions plus larges entre les États-Unis et l’Europe sur la question de la taxation des activités numériques. Washington juge que ces mesures frappent essentiellement les sociétés américaines, dans la mesure où les acteurs européens du numérique sont encore de taille modeste sur le marché mondial. De son côté, l’Union européenne argue d’un nécessaire alignement de la fiscalité avec la réalité des modèles d’affaires transfrontaliers.
L’avenir de la taxe numérique britannique demeure donc incertain. Alors que le Royaume-Uni cherche à renforcer ses liens économiques internationaux suite à sa sortie de l’Union européenne, il se retrouve pris en étau entre la volonté de réguler davantage les géants du numérique et celle de ménager une relation stratégique avec Washington. Le dossier sera vraisemblablement au cœur des discussions bilatérales à venir et testera la capacité des deux pays à trouver un terrain d’entente sur l’économie numérique de demain.
