Dix ans après la décision historique du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne, les conséquences du Brexit se font toujours durement ressentir dans l’économie britannique, et le secteur de la grande distribution n’y fait pas exception. Au premier plan : Marks & Spencer (M&S), l’une des enseignes les plus emblématiques du pays, fait aujourd’hui face à une complexité administrative inédite qui pèse lourdement sur son activité, notamment dans ses échanges avec l’Irlande et l’Europe continentale.\n\n »L’enfer bureaucratique ». C’est en ces termes qu’Archie Norman, président de Marks & Spencer, a décrit récemment la situation dans laquelle se trouve le groupe, lors d’une audition parlementaire consacrée au bilan du Brexit. Selon lui, la multiplication des procédures douanières imposées aux entreprises du Royaume-Uni constitue désormais un obstacle concret à la fluidité des échanges. Les démarches relatives à l’exportation de produits frais vers l’Irlande et la France, traditionnellement un point fort de M&S grâce à ses gammes différenciées pour le marché européen, se sont considérablement alourdies.\n\nCe que le dirigeant déplore, ce n’est pas tant le principe de la sortie de l’Union, mais la manière dont elle s’est traduite dans le fonctionnement quotidien des entreprises. Pour Marks & Spencer, cela se traduit par une complexité grandissante pour approvisionner ses magasins irlandais et européens en produits frais, comme les sandwichs et les pâtisseries qui font la renommée du distributeur britannique. « Chaque produit nécessite désormais un contrôle, des formulaires spécifiques, et parfois des certifications vétérinaires, y compris pour des produits transformés où la viande et le fromage n’entre pas dans un circuit agricole traditionnel », détaille un porte-parole de l’entreprise.\n\nCôté chiffres, l’impact est significatif : selon une étude interne, M&S a dû supprimer plus d’une centaine de produits de ses rayonnages irlandais depuis le Brexit, en raison des difficultés logistiques et des coûts additionnels engendrés par la paperasserie. Les délais d’acheminement par camion en direction de l’Irlande ont doublé, selon la direction du groupe. Les consommateurs constatent directement cette situation sur les étals, avec une offre réduite et des ruptures plus fréquentes.\n\nAilleurs dans la grande distribution, les concurrents de M&S ne sont pas épargnés, mais l’enseigne britannique demeure un cas emblématique du fait de son positionnement historique sur le haut de gamme alimentaire et la diversité de ses produits, dont beaucoup sont fabriqués outre-Manche puis distribués sur le continent européen. « Il ne s’agit pas là simplement d’un effet de transition. Nous sommes confrontés à une réalité structurelle qui nuit à la compétitivité du secteur alimentaire britannique vis-à-vis de ses voisins européens », analyse un expert du commerce international basé à Londres.\n\nLes représentants du gouvernement britannique, de leur côté, affirment travailler à des améliorations pour simplifier les procédures et répondre aux inquiétudes exprimées par les grands groupes de la distribution. Mais sur le terrain, les chefs d’entreprise peinent à percevoir un allègement substantiel de la charge administrative, tandis que la pression des consommateurs s’accroît, notamment en période d’inflation où chaque alourdissement des coûts est répercuté sur les prix en rayons.\n\nAu-delà du seul cas Marks & Spencer, c’est un modèle d’échanges étroits entre le Royaume-Uni et ses voisins européens qui se retrouve mis à mal. Dix ans après le référendum, le Brexit continue, pour beaucoup d’acteurs économiques, d’être synonyme de tracasseries administratives et de pertes de compétitivité, un constat auquel le secteur de la grande distribution offre aujourd’hui un exemple aussi spectaculaire qu’instructif.
