Dans le paysage politique français, la question de la fiscalité des plus riches revient régulièrement au cœur des débats. La France insoumise (LFI), parti de gauche dirigé par Jean-Luc Mélenchon, a récemment ravivé cette discussion en proposant de créer une nouvelle taxe sur la fortune, inspirée par les travaux de l’économiste Gabriel Zucman. Surnommée par ses détracteurs la « taxe Zucman pour tous », cette mesure vise à instaurer un impôt additionnel sur les patrimoines les plus élevés, en s’appuyant sur une meilleure capacité de recouvrement fiscal international et sur la lutte contre l’évasion fiscale.
Derrière cette proposition, les membres de LFI poursuivent un objectif affiché : réduire les inégalités de richesse qui, selon eux, n’ont cessé de croître ces dernières années. S’appuyant sur des rapports d’économistes reconnus, dont Emmanuel Saez ou Thomas Piketty, la formation politique estime que le système fiscal actuel demeure trop favorable aux ultra-riches. Adrien Quatennens, député LFI, déclare ainsi vouloir « mettre fin au sentiment d’impunité fiscale dont bénéficient certaines grandes fortunes, qui échappent en partie à la solidarité nationale ».
Si le nom de Gabriel Zucman revient avec insistance, c’est parce que cet économiste de réputation internationale, professeur à l’Université de Berkeley, s’est spécialisé dans la mesure des inégalités patrimoniales et dans l’analyse des techniques d’optimisation fiscale employées par les plus aisés. Selon ses recherches, près de 10 % de la richesse mondiale serait détenue dans des paradis fiscaux, échappant ainsi à toute imposition effective. Pour LFI, la « taxe Zucman » permettrait de récupérer une part de ces capitaux, estimant à plusieurs milliards d’euros les recettes potentielles pour le budget de la France.
Concrètement, la proposition porterait sur la création d’un impôt progressif sur la fortune à l’échelle nationale, associé à un durcissement de la lutte contre l’évasion fiscale internationale. Il s’agirait aussi de pousser la France à promouvoir au niveau européen l’instauration d’une fiscalité commune sur les grandes fortunes, pour éviter les transferts de richesses hors des frontières.
L’initiative, cependant, ne fait pas l’unanimité. Les oppositions à la mesure avancée par LFI rappellent l’échec de l’ancien impôt de solidarité sur la fortune (ISF), supprimé en 2017, et ses effets présumés sur l’attractivité économique et la fuite des capitaux. Serge Tchuruk, représentant du Medef, pointe un risque de « découragement de l’investissement et d’exode de talents » si la France alourdit davantage la fiscalité sur la détention du capital. D’autres observateurs mettent en garde contre la difficulté de recouvrer effectivement de tels montants, même avec une coopération internationale renforcée.
Gabriel Zucman lui-même s’est exprimé prudemment sur la transposition de ses idées au niveau national. Selon lui, « sans coordination européenne ou internationale, les marges de manœuvre demeurent limitées », même si des progrès ont été accomplis dans l’échange automatique d’informations bancaires. Pour l’économiste, la priorité reste de renforcer la transparence sur la détention d’actifs et de mieux cibler les dispositifs existants.
Cette proposition de LFI intervient alors que le débat sur l’équité fiscale s’intensifie dans l’opinion publique. Un récent sondage montre que plus de 60 % des Français se déclarent favorables à un retour d’une imposition sur les grandes fortunes, signe d’un contexte social marqué par la défiance envers les élites économiques. Reste à savoir si la « taxe Zucman pour tous » trouvera un écho au-delà du cercle de ses promoteurs, et si la majorité présidentielle sera prête à ouvrir à nouveau le dossier sensible de la fiscalité du patrimoine. Le débat, lui, ne fait que commencer.
