Alors que la livraison de repas à domicile demeure une activité très présente dans les grandes villes, une nouvelle tendance préoccupante se dessine pour les travailleurs du secteur. Selon de récents constats issus de multiples sources syndicales et associatives, la majorité des livreurs employés par les plateformes telles que Deliveroo et Stuart doivent se préparer à une baisse significative de leurs revenus à compter de l’année 2025. Cette diminution, qui concerne notamment des milliers d’autoentrepreneurs, résulte de plusieurs facteurs structurels : l’intensification de la concurrence, les évolutions réglementaires et les nouvelles stratégies tarifaires mises en place par les entreprises technologiques du secteur.\n\nEn 2024, après une période de relative stabilité post-pandémie, les principaux acteurs du marché de la livraison de repas ont commencé à ajuster leurs modèles économiques. Les plateformes, confrontées à une pression croissante sur leurs marges et à l’attente de rentabilité des investisseurs, revoient progressivement à la baisse les rémunérations promises aux coursiers. Désormais, chaque course rapporte en moyenne entre 10 et 20 % de moins qu’il y a deux ans, selon les estimations communiquées par les collectifs de livreurs. Sur une journée de travail équivalente, cette érosion se répercute de façon tangible sur les revenus mensuels des autoentrepreneurs, dont beaucoup estiment qu’il devient de plus en plus difficile de maintenir leur activité comme source principale de revenu.\n\nL’impact est particulièrement visible sur les plateformes ayant massivement recruté durant la forte croissance du secteur entre 2020 et 2022. En élargissant leur base de livreurs, Deliveroo et Stuart, mais également Uber Eats et Just Eat, contribuent à une forme de “surbid” où la disponibilité des travailleurs excède le volume de commandes, poussant les plateformes à faire pression sur le prix des courses et sur les primes. Certains s’inquiètent de la multiplication de nouvelles formes de rémunérations variables ou “algorithmiques” qui, selon les syndicats, brouillent la transparence du calcul des gains et rendent difficile toute anticipation par les travailleurs eux-mêmes.\n\nParallèlement à ces transformations internes, le secteur doit aussi composer avec l’entrée en vigueur prochaine de nouvelles réglementations européennes et françaises, qui ambitionnent de mieux protéger les travailleurs de plateformes, notamment par la création d’un statut intermédiaire ou l’ouverture de négociations collectives. En réaction, plusieurs entreprises ont anticipé des ajustements salariaux, craignant la hausse de leurs coûts d’exploitation. Ces perspectives réglementaires contribuent à l’incertitude du secteur et pourraient, selon certains observateurs, accélérer encore la baisse des rémunérations unitaires dans les mois à venir.\n\nEn conséquence, les collectifs de livreurs multiplient les actions et les mobilisations sur tout le territoire. Les discussions entre représentants de travailleurs indépendants, plateformes et pouvoirs publics, engagées depuis de nombreux mois, n’ont pas encore permis de trouver un consensus sur un modèle équilibré et pérenne. Nombre de livreurs évoquent une détérioration de leurs conditions de travail : multiplication des temps d’attente non rémunérés, augmentation de la distance à parcourir, ou encore des horaires fragmentés rendant la prévisibilité des revenus de plus en plus incertaine.\n\nFace à cette nouvelle donne, l’avenir du métier s’annonce plus indécis que jamais. Alors que la livraison de repas continue de s’inscrire durablement dans le quotidien des Français, la question de la juste répartition de la valeur créée au sein de la chaîne logistique reste ouverte. Tandis que les plateformes défendent la flexibilité de leur modèle économique, nombreux sont les livreurs à revendiquer une meilleure reconnaissance sociale et des garanties minimales pour une activité devenue, pour beaucoup, une source principale de subsistance. La réponse à ces revendications façonnera sans doute l’avenir du secteur au-delà de 2025.
