L\’Italie pourrait, d\’ici peu, ravir à la Grèce un titre dont aucun État européen ne souhaite hériter : celui du plus haut taux d\’endettement public de la zone euro. Selon plusieurs estimations issues d\’institutions économiques internationales, la dette italienne, rapportée à son produit intérieur brut (PIB), devrait dépasser celle de la Grèce dans le courant de l\’année 2024. Ce basculement marquerait un tournant historique pour la troisième économie de la zone euro, dont la trajectoire financière inquiète de plus en plus les observateurs et les marchés financiers.
Depuis la crise de la dette souveraine au début des années 2010, la Grèce incarnait le symbole de la fragilité budgétaire en Europe, affichant des ratios d\’endettement supérieurs à 180 % du PIB pendant plusieurs années. Mais sous la pression des créanciers internationaux et à la faveur d\’un programme d\’austérité sans précédent, Athènes est parvenue à redresser progressivement ses finances publiques, à relancer sa croissance et à rétablir une partie de la confiance des investisseurs. La dette grecque, bien que toujours élevée, avoisine désormais 160 % du PIB en 2024.
A contrario, l\’Italie voit sa situation financière se détériorer année après année. Son ratio d\’endettement public, qui frôlait déjà 135 % avant la pandémie de Covid-19, a franchi la barre des 140 % en 2023 et pourrait atteindre, voire dépasser, celui de la Grèce à court terme. Plusieurs facteurs expliquent cette aggravation : une croissance économique anémique, des dépenses publiques soutenues, une démographie vieillissante et des réformes structurelles insuffisantes. Malgré les alertes répétées de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission européenne, les gouvernements italiens successifs peinent à inverser la tendance.
Pour la zone euro, cette évolution constitue une source importante d\’inquiétudes. Contrairement à la Grèce, dont le poids économique reste limité, l\’Italie représente près de 15 % du PIB de l\’Union monétaire et détient la troisième dette souveraine du monde en valeur absolue, derrière les États-Unis et le Japon. En outre, la majeure partie de la dette italienne est détenue localement et auprès d\’investisseurs privés, ce qui la rend plus sensible aux variations des taux d\’intérêt et à l\’évolution de la confiance des marchés.
La récente montée des taux sur les obligations italiennes témoigne de ces tensions latentes. Depuis le début de l\’année, le spread entre les titres italiens et allemands s\’est creusé, traduisant une perception accrue du risque. Les agences de notation surveillent la situation de près et n\’excluent pas de nouvelles dégradations si Rome n\’adopte pas rapidement des mesures de consolidation budgétaire.
Face à ces défis, la Première ministre Giorgia Meloni et son gouvernement tentent de rassurer les partenaires européens. Rome affirme s\’engager à respecter les règles du pacte de stabilité et à poursuivre des réformes structurelles, notamment de modernisation de l\’administration et d\’amélioration de l\’efficacité de la dépense publique. Mais la marge de manœuvre reste étroite, alors que l\’Italie doit également répondre à des besoins sociaux croissants et faire face à un contexte économique international incertain.
L\’ascension de l\’Italie au rang de pays le plus endetté de la zone euro ravive les débats sur la gouvernance économique en Europe et souligne la nécessité de coordonner davantage les politiques budgétaires au sein de l\’Union. Pour l\’heure, la perspective d\’une nouvelle crise de la dette souveraine n\’est pas à l\’ordre du jour, mais la vulnérabilité de la péninsule pourrait rapidement devenir une source majeure d\’instabilité pour l\’ensemble de la zone euro si aucune réponse cohérente n\’est apportée.
