La publication récente du rapport parlementaire sur l’avenir de l’audiovisuel public, rédigé par Charles Alloncle, n’en finit pas de provoquer des remous. La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, est montée au créneau pour dénoncer ce qu’elle considère comme une attaque frontale contre son groupe, estimant que « l’invective a pris le pas sur les faits » dans les pages du document.
Ce rapport, commandé par la représentation nationale et publié en début de semaine, émet des critiques virulentes à l’encontre de la gestion et de la ligne éditoriale de France Télévisions. Charles Alloncle, son auteur, n’a pas mâché ses mots, dénonçant un service public jugé peu performant et politiquement orienté. Pour Delphine Ernotte, la méthode n’est pas acceptable. « Les auteurs du rapport n’ont pas cherché à engager un dialogue constructif ou à fonder leur analyse sur une étude approfondie du travail de nos équipes. À la place, ils enchainent les jugements à l’emporte-pièce, au détriment de la réalité du terrain et des missions du service public », regrette-t-elle.
Selon la présidente de France Télévisions, les conclusions du rapport ne rendent pas justice au travail quotidien des salariés de l’audiovisuel public. Elle se dit lasse de voir le débat se déplacer sur le terrain de l’invective et du discrédit, alors même que les enjeux liés à l’information, à la culture et à la cohésion sociale n’ont jamais été aussi cruciaux face à la montée des fausses nouvelles et à la défiance envers les médias. « France Télévisions, comme l’ensemble du service public audiovisuel, est confrontée à des défis majeurs : fragmentation des audiences, concurrence internationale, transformations des modes de consommation. Au lieu de stigmatiser, il aurait été utile d’être force de propositions concrètes pour accompagner ces mutations », insiste Delphine Ernotte.
Au coeur du rapport Alloncle figurent également des propositions visant à réformer en profondeur la gouvernance du secteur. L’auteur suggère, entre autres, un recentrage strict des missions de France Télévisions sur l’information, et la privatisation partielle ou totale de certaines filiales. Pour Delphine Ernotte, ces recommandations témoignent d’une méconnaissance du rôle spécifique que joue l’entreprise publique. « Réduire l’audiovisuel public à une simple chambre d’écho de l’information serait une erreur stratégique majeure. Nous avons un devoir de représentation de la diversité, de soutien à la création, et d’accompagnement des transformations de la société. Ce que ce rapport ne prend pas en compte, c’est la richesse et la complexité de ces missions », affirme-t-elle.
Face à ce qu’elle qualifie d’attaque injustifiée, la patronne de France Télévisions appelle à un débat de fond, basé sur l’analyse, la comparaison internationale et la transparence des chiffres. Elle rappelle que le groupe est soumis à un contrôle budgétaire strict, et que ses indicateurs de performance ont globalement progressé au cours des dernières années, tant en audience qu’en innovation et en production de contenus originaux. « Il faut sortir d’une logique d’opposition systématique et regarder objectivement les résultats du service public », conclut-elle.
Un appel qui intervient alors que le gouvernement planche sur une nouvelle loi de programmation pour l’audiovisuel et que le financement de France Télévisions reste, plus que jamais, un sujet de crispation. La bataille pour l’avenir de l’audiovisuel public ne fait visiblement que commencer.
